Sorties Août 2017

Dimanche 30/07-Vendredi 04/08/2019 : London Edinburgh London (LEL) ...
Récit de Pierre-Yves Rosoux

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La photo des belges avant le départ du LEL: De droite à gauche, du club, Pierre-Yves, Patrice, ..., André et les autres...

https://fr.londonedinburghlondon.com

https://londonedinburghlondon.com/

 

Lien vers les photos

 

Le LEL est un 'event' qui se prépare longtemps à l'avance:

les plus prompts s'étaient déjà pré-inscrits à l'automne 2015, juste quelques semaines après l'épreuve similaire Paris-Brest-Paris (PBP);

pour les autres les inscriptions avaient lieu début janvier selon le principe d'une loterie sur internet, sans pré-qualification requise.

A ce jeu, je suis le premier du club inscrit, suivi ensuite par André et Patrice qui sont repêchés par l'organisateur ainsi que d'autres amis de randonneurs.be

Ensuite vient le temps de l'entrainement, par vent et pluie, pour avoir un kilométrage 'correct" au départ du LEL (pour moi +/- 11.000). Les dernières semaines sont consacrées à la préparation du vélo, à des sorties avec bagages, selon le motto d'usage 'train as you fight' ;-)

 

Quelques jours avant le départ de la course, ce sont les prévisions météo qui nous intéressent et dans ce cas nous préoccupent: pluie et vent seront au rendez-vous mais les températures ne devraient pas être trop fraîches.

Samedi matin j'embarque Patrice à Bruxelles direction Calais. La traversée en ferry fait aussi partie de l'agréable aventure. Pas de mer d'huile et comme Patrice est fatigué de ses préparatifs de dernière minute, à l'étonnement de quelques passagers, il teste une 'power nap' à même le pont !

 

Samedi 29 juillet, à l'école de Loughton, 25 km du centre de Londres, c'est ce jour là, la Mecque des randonneurs venus du monde entier. Impressionnant !

Une dizaine des 20 randonneurs belges inscrits pose pour une photo de groupe avant d'aller profiter d'une dernière bonne nuit avant le grand départ du lendemain. Les départs s'étalent de 6h à 16h; tous les 1/4 d'heure, une quarantaine de cyclos est lâchée à la conquête des routes britanniques. Ceux qui partent tôt ont 100 h pour accomplir le brevet, les autres ont 117 h. Je pars à 9h30, Patrice à 12h30 et André -qui n'en est pas à son 1er LEL- dans l'après-midi. Les 1500 cyclos viennent de 60 pays différents, beau melting pot ... 1500 participants, cela semble beaucoup mais cela ne l'est pas, seul bémol du LEL, souvent on pédalera bien seul sur la route ...

9 étapes d'une longueur variant de 40 à 100 km ont été tracées vers le Nord pour rejoindre Edimbourg.

 

La 1ère ville-étape est St-Yves au km 100, distance qui est une belle accoutumance à la conduite à gauche par exemple. Ride left and look right à chaque carrefour, on s'y fait assez rapidement et on n'a pas le droit à l'erreur!

61 km plus tard, arrêt à Spalding sous le soleil. Un match de cricket est en cours, pas courant pour nous, une petite photo-souvenir s'impose. A chaque fin d'étape il y a d'abord notre carte de contrôle à faire cacheter, puis nous prenons le temps de nous restaurer.

 

Direction Louth ensuite, sous un vent qui nous est légèrement favorable mais souvent de côté aussi. Ce vent nous accompagnera jusqu'en Ecosse. Tous les contrôles ont lieu dans des écoles et sont faits par des bénévoles (volunteers); ces derniers font un travail remarquable: contrôle des cartes, parkings des vélos, réparation des vélos, préparation des repas, nettoyage des tables, des sanitaires, organisation des dortoirs ... ils sont pensionnés ou jeunes, britanniques ou venus -à leurs frais- de l'étranger pour vivre de près cet événement. Sans eux, pas de course !

Villes et villages se suivent et nous arrivons à Pocklington après la 4 ème étape au Km 341. Il est 2 h du matin et je décide de m'arrêter pour me reposer dans une salle de sport transformée en dortoir de 350 places !!! J'espère qu'ils n'ont pas gonflé les matelas à la bouche ;-)

Ronflements et absence d'hygiène caractérisent aussi les 'dormitories' ... ambiance randonneurs 100% ! 2h de sommeil plus tard je me fais réveiller, prends un petit-déjeuner et repars sur les routes.

 

Lundi 30 juillet, Thirsk, Km 407, Barnard Castle Km 472... Avant Barnard C, mes genoux me rappellent à mes mauvais souvenirs... je suis inquiet et prends un anti-inflammatoire.

 

Aux étapes, le cérémonial est toujours le même: après le contrôle informatisé de la carte (qui vous permettait de nous suivre), on se rend au réfectoire, on cherche les copains, on mange, voire on se gave, on passe par les sanitaires pour autant que possible protéger son fessier ,on remplit les bidons et on repart. L'ensemble dure entre 20 et 60 minutes.

Après être passé le château de Branard on fait route vers Brampton; la route est une pente régulière (4-6%) de 10 km, le vent forcit, quelques gouttes tombent aussi.

 

A Brampton je rencontre Jan R, qui me dit qu'Andy, notre cyclo rapide est parti seul vers l'Ecosse. Je fraternise avec Kris, journaliste belge freelance qui se lance pour la 1ère fois sur une telle épreuve et qui écrit entre autres pour le magazine vélo 'Ginta'. Roben, autre Belge se débat avec un mal de dos coriace et décide de se reposer à Brampton. A ce moment du jour je n'ai fait encore que 215 km, trop tôt pour s'arrêter ! C'est en début de semaine qu'il faut prendre de l'avance. Alain m'informe pas sms que Patrice est 150 km derrière moi, pas de nouvelles d'André et Antonio, ou des copains du team de Lux qui font certainement fondre les routes par leur célérité.

 

La progression vers le Nord continue et en longeant une autoroute, on arrive en Ecosse. Arrêt -photo au petit village de Lockerbie, mémoire oblige... Moffat est notre première ville-étape écossaise, j'ai 290 bornes pour la journée et au total 630  depuis le départ. 4 heures dans un dortoir à 3 matelas de Marcel enfoui dans un sommeil profond.

 

Réveil vers 4h 15, le dortoir est quasi vide et à 5 heures, je suis à nouveau en selle pour affronter directement une montée d'une dizaine de kilomètres qui nous amène dans les nuages et son humidité y associée ... la descente est fraîche.  Les paysages de collines, de routes sinueuses, de prairies occupées par des centaines de milliers de moutons sont magnifiques.

 

Vers 9h on arrive à Edimbourg où rituellement, je prends mon second petit-déjeuner avec un cyclo polonais et Jan qui arrive quelques minutes plus tard. Alors que nous nous restaurons, une averse intense arrose la région, nous sommes chanceux au sec, devant notre bol de porridge !

 

La mi-course est passée et nous sommes en route vers des villages aux noms imprononçables ! Le 1er est Eskdalemuir, où le volunteer nous sert du 'Scottisch stew' ... en kilt ! Chaque repas est aussi le moment de se connecter au monde: mails, sms, facebook, messenger, What's App tous les moyens sont bons pour lire les marques de soutien et d'encouragements des proches ! J'apprends que Michel -qui roule avec Guy- nous talonne dans les collines écossaises. Michel est Belge et vit en Allemagne... d'où il est venu à vélo ! 1400 km is not enough ... avec le retour d'après-course il aura roulé 2500 km.

 

Les routes défilent, les paysages sont superbes mais le vent est carrément tempétueux et indomptable. Il faut s'agripper au guidon pour ne pas tomber. Les automobilistes britanniques sont en général très respectueux envers les cyclos, ce sera içi moins le cas de la part des timber lorries drivers qui occupent avec leurs monstres de 40 tonnes la largeur entière des petites routes ... take care.

 

A Innerleithen (Km 753) je suis rejoint à nouveau par Jan qui rêve en voyant le frigo à bières au milieu du réfectoire ... il veut se laisser aller mais à sa plus grande déception, celui-i est fermé à clé, et il devra attendre l'arrivée avant de déguster sa première Chimay bleue!

 

A Brampton, où nous étions passés à l'aller je récupère un cuissard propre dans un de mes 2 'drop bags' ainsi qu'une chambre à air (ayant eu une crevaison la 1ère nuit). Avec Jan nous mettons le cap sur Barnard Caslte. Même montée à se farcir dans l'autre sens, et à 2 km du sommet Drew, cyclo passionné qui est venu de l'autre bout de l'Angleterre avec son camping-car improvisé nous offre 'a cup of tea or coffee'. Le tout dans un vent à décorner des bœufs, sous une pluie fine et une nuit profonde ... very very british and appreciated.

 

En arrivant à Branard Castle nous admirons les ruines d'un ancien château avant de s'arrêter et de s'octroyer 4 h de repos. Km 944, plus que 500 à parcourir !

 

Le lendemain matin, à Thirsk (Km 1008) je fais vérifier les connections électriques de ma dynamo à l'atelier vélo pendant que je savoure mon deuxième petit déj fait de pâtes, de corn flakes, de bananes, de café, de thé, de grenadine, ... tout y passe. Pendant cette semaine, il était courant d'ingurgiter jusqu'à CINQ repas chauds par jour, l'alimentation étant le carburant du cycliste... J'apprendrai plus tard que c'est là que Patrice a décidé de jeter le gant après 1000 km et André l'avait précédé en s'arrêtant à Eskdalemuir.

 

A Louth mercredi soir, je mange  seul à table et suis rejoint par un mécanicien vélo amateur venu à vélo du sud de l'Angleterre (600 km AR). Il me dit de but en blanc "it is unbelievable to meet so many zombies" ... no comments.

 

Je repars à nouveau de là en compagnie de Jan (Marcel dort dans le dortoir au-dessus de réfectoire) dans une pluie qui qui devient vite forte. Nous essayons de constituer un petit groupe avec 2 Italiens et ensuite un couple suisse pour braver le vent vers Spalding.

 

A Spalding je cours vers le dortoir où je vais m'allonger 2 heures sur un matelas dans mes vêtements trempés par la pluie. Je n'accompagne pas Jan qui ne dormira pas du tout pour rentrer dans les 100 h... Le réveil est pénible, les premières minutes je tremble comme une feuille, je cours me restaurer et repars affronter le vent le long du canal qui nous amène ver St Yves. Après ce contrôle, fatigue aidant, je me trompe dans ma navigation et fais un détour qui me coûte une quinzaine de kilomètres. Grrrrrr.

Entretemps mon GPS 'bugue' pour la 3ème fois, obligé de l'éteindre , il n'enregistre aucunes données (mais ne perd heureusement pas les routes à suivre). J'arrive jeudi vers 12h30 à Great Easton et il me reste 48 km à parcourir. Sur ces derniers km les collines défilent encore jusqu'à 500 mètres de l'arrivée où je 'pointe' pour la dernière fois à 15h 25, soit 101h55 pour les 1440 km.

 

Le lendemain nous venons récupérer nos drop bags au moment où arrive Antonio, acclamé par les supporters, à 1/4h de sa barrière horaire de 117h. Il fait valider sa carte en vitesse puis tombe dans les bras d'André avec qui il a longtemps roulé, ... l'émotion est forte et belle à partager, les yeux sont humides ....

  

En conclusion, a lot of fun, of hard time, and difficulties...

Mais une camaraderie internationale entre passionnés...

Une organisation impeccable qui n'a rien à envier à PBP, bien au contraire;

Un événement impossible sans l'efficacité et le sourire des bénévoles;

une météo épouvantable qui d'après les premières statistiques serait une des causes de 34% des abandons ...

 

Now, time for recovery ...

Next challenge?

 

P-Y

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